Les FARC-EP, de l’hyperpuissance de 1993 aux accords de paix de 2016

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Marquetalia, lieu de naissance des FARC-EP

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FRART#21 – Les FARC-EP, de l’hyperpuissance de 1993 aux accords de paix de 2016
ENGART#21 – The FARC-EP, from the 1993 superpower to the 2016 peace agreements

Article

Nous allons nous concentrer sur la période allant de la 8ème Conférence de 1993 aux accords de paix de 2016. Cependant, afin de bien saisir les enjeux et la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui la Colombie, il est nécessaire de revenir en arrière.
Nous avons choisi de nous focaliser sur les vingt dernières années afin de comprendre comment un conflit interne d’une violence extrême aboutit actuellement à des efforts concrets de paix.
Les leçons tirées de cette expérience pourront se révéler utiles pour tous les processus de paix en cours aujourd’hui.

1. Historique des FARC-EP
Les Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia – Ejército del Pueblo (FARC-EP, les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie – l’Armée du Peuple) trouvent leurs racines dans l’histoire de la construction de la Colombie.
Le pays a toujours connu des périodes troubles. Politiquement, libéraux et conservateurs s’opposent violemment. Les populations rurales se sont réparties progressivement sur ce territoire forestier et tropical où l’Etat est absent.
Ces groupes sont appelés les campesinos, les paysans, et vivent en dehors du système. Mais l’Etat voit ces régions comme dissidentes et répond violemment.

1948 est une année charnière. Le candidat libéral à la présidentielle, Jorge Eliécer Gaitán, est assassiné. S’en suivent des émeutes sanglantes, entre autres à la capitale Bogota (le Bogotazo) et une décennie de violences extrêmes connue comme La Violencia. Libéraux et conservateurs s’affrontent quotidiennement. Les campesinos forment alors des unités d’autodéfense sous forme de guérilla armée.

L’événement symbolique fondateur des FARC-EP survient en 1964, en pleine Guerre Froide, à l’heure où communistes et capitalistes s’opposent partout dans le globe.
Les campesinos adoptent la politique communiste et se retrouvent dans la ligne de mire des Etats-Unis. Ces derniers aident alors le gouvernement colombien à conquérir ces régions perçues comme dissidentes où se sont installés il y a longtemps les campesinos.
Une armée de 16 000 militaires fond sur Marquetalia, localité où vivent certains guérilleros. Quelques dizaines d’entre eux, 48 selon les FARC-EP, résistent au siège avant de s’éclipser.
Parmi eux, les leaders fondateurs du groupe : Manuel Marulanda Vélez et Jacobo Arenas.

Marquetalia, lieu de naissance des FARC-EP
Marquetalia, lieu de naissance des FARC-EP

Les FARC-EP développent alors un véritable programme politique, économique et social dès 1964, qui sera retravaillé lors de la 8ème Conférence des guérilleros de 1993.

Ce programme disponible ici (en espagnol) rappelle les origines du groupe : sa lutte contre le gouvernement, les Etats-Unis, les propriétaires terriens ; les campesinos qui avaient créé une société alternative, attaquée par les intérêts économiques ; la mission du groupe de se construire comme véritable unité politique.
Les 8 grands points du programme parlent surtout de réformes agraires et territoriales.

Afin de s’immerger dans le quotidien des Colombiens à travers ces décennies de guerre, il est intéressant d’étudier l’un des sous-groupes des FARC-EP, le Bloc Oriental.
Ce dernier se créé en 1969. En quarante ans, cette unité a réussi à devenir le groupe le plus important tant numériquement que territorialement, aussi bien qu’il occupa au plus fort de sa puissance 55% du pays.

Comment cela a -t-il pu être possible?
Premièrement, les FARC-EP franchissent une étape dans la violence. Ils planifient d’attaquer directement la capitale, pour conquérir le centre du pays tout en affaiblissant considérablement l’Etat et en se renforçant par la même occasion.
En 1969, les FARC-EP comprennent que, pour perdurer, ils doivent se structurer et surtout trouver des moyens de financement durables.

Ils laissent carte blanche au Bloc Oriental qui n’hésite pas à utiliser les enlèvements, les rançons, les extorsions, les trafics de drogue et le minage illégal pour remplir ses caisses. Les enlèvements ont été particulièrement utilisés, du moins au début : les guérilleros visaient des personnes dont les proches pourraient payer une rançon importante.

Ces pescas milagrosas, ces pêches miraculeuses, furent notamment employées sur la route montagneuse qui sépare Bogota de Villaviciencio. Un chiffre pour se rendre compte de la gravité du phénomène : en 2001, 3 personnes par jour en moyenne étaient enlevées et séquestrées.

Vue de la route menant à Villaviciencio
Vue de la route menant à Villaviciencio

Le trafic de drogue devient par la suite suffisant pour permettre au Bloc Oriental de réduire le nombre de ses enlèvements. Ces trafics pouvaient rapporter près de dizaines de millions de dollars annuellement. Les mines illégales aidaient également à compléter les financements.

Mais en plus des questions financières, le Bloc Oriental doit également pouvoir se reposer sur une main d’œuvre formée et fidèle. C’est pourquoi est créée en 1984 l’école d’entrainement Isaías Pardo où sont entrainés les futurs militaires et meneurs du groupe.

Víctor Julio Suárez Rojas, connu sous le pseudonyme « Mono Jojoy », fut le leader du Bloc Oriental de 1987 à sa mort dans une attaque en 2010.
C’est principalement lui qui a su développer ainsi cette unité des FARC-EP. Il s’occupa notamment de l’école Isaías Pardo dès son ouverture.


2. L’économie des FARC-EP

Les enlèvements
En se professionnalisant, les FARC-EP doivent satisfaire financièrement leurs nouvelles structures, leurs milliers de recrues tout en assurant la suite des opérations. Etablir une économie parallèle devient alors nécessaire. Dans les années 1990, au moment de la 8ème Conférence des Guérilleros, les FARC-EP semblent être au comble de leur capacité financière.

Revenons sur les pescas milagrosas. A la fin du siècle dernier, la politique en Colombie est en berne et le pays a besoin de renouveau. Les enlèvements à répétition visent la population en général, mais aussi des personnalités clés. Propriétaires terriens, industriels, politiciens…
Les séquestrations sont un moyen efficace d’influencer les politiques locales et d’en profiter pour obtenir un contrôle minimum sur les affaires administratives. Les enlèvements sont si courants que la société colombienne s’organise pour faire face – autant qu’elle le peut – à ce fléau. Une émission de radio, La Voz del Secuestro (La voix de l’enlèvement) permet aux proches des personnes enlevées de leur parler. C’est ainsi qu’Ingrid Betancourt put entendre sa mère au cours de ses 6 années passées captive.

De plus en plus présents dans les sphères politiques locales, les FARC-EP obtiennent un accès facile à des informations de choix pour faire « chanter » les personnes les plus influentes.
Le président élu en 1994, Ernesto Samper, souffrit pendant toute la durée de son mandat de soupçons de financements de campagne provenant du trafic de drogues.

Samper initia un rapprochement, espérant débuter un nouveau processus de paix. Les FARC-EP demandèrent pour ce faire un retrait des armées dans certaines régions ainsi que la suppression de la récompense offerte en cas d’identification de ravisseurs responsables des pescas milagrosas. Conditions que le Président accepta dans leur intégralité, preuve de l’influence colossale des guérilleros sur la politique.
Cependant, la population ainsi que des groupes politiques et la communauté internationale poussèrent Samper à revenir sur sa décision. Il n’y eut en définitive pas de discussions.

Les années suivantes montrent l’importance stratégique des enlèvements à répétition. Entre l’affaiblissement du gouvernement et la montée en puissance des FARC-EP, ces derniers n’hésitent pas à proposer de libérer des soldats prisonniers en échange du retrait dans certaines régions de l’armée officielle. Demande acceptée. Lors de la libération des militaires, les FARC-EP en profitent alors pour formuler de nouvelles requêtes, qui seront refusées.

Néanmoins, tous ces échanges ont un impact bénéfique indéniable : les parties communiquent.
Le Président élu Andrés Pastrana tient sa promesse de rencontrer Marulanda, l’un des fondateurs mêmes des FARC-EP. Ces rencontres permirent d’initier un nouveau mouvement de négociations et de pacification.

Ce quotidien de rapts est une plaie sanglante dans la société colombienne. Trouver une solution qui permette la libération de tous les captifs tout en évitant les règlements de compte est un enjeu majeur dans le processus de paix, car il faut équilibrer réconciliation et justice.

Les trafics de drogues
Les FARC-EP ont recours au trafic de drogues pour financer leurs structures et opérations grandissantes. La cocaïne est le trafic le plus important, mais le groupe exploite également l’héroïne et nouvellement la marijuana. Toutes les étapes du commerce illégal de ces drogues sont utiles pour générer des revenus.

Entre les taxes sur les cultivateurs, les acheteurs, les laboratoires et sur les déplacements en dehors du pays, les FARCEP peuvent gagner au moins 450$ par kilo de drogues uniquement en taxes. Ajoutés à celles-ci les prix d’achat, le groupe gagnerait jusqu’à 200 millions US$ par an pour le commerce de toutes ces drogues.
L’United Nations Regional Information Centre for Western Europe estime même à 500 voire 600 millions US$ annuels les revenus générés par les multiples trafics de drogues.

Les trafics de drogues sont donc perçus comme étant directement liés à la guérilla. Débordé par les impératifs sécuritaires, le gouvernement ne peut s’occuper seul de cette question.
C’est pourquoi des groupes paramilitaires apparaissent un peu partout à la fin des années 1990. Le plus important fut le Autodefensas Unidas de Colombia (AUC), qui se révéla dangereux.

Beaucoup des personnes impliquées dans l’exploitation des drogues agissent sous la contrainte. Certaines travaillent la terre, d’autres payent des taxes. Aussi bien que les groupes paramilitaires s’y intéressent et visent ces personnes. Plusieurs massacres ont notamment lieu dans le Mapiripán.
L’incapacité du gouvernement de prendre en charge ce volet de la guérilla provoque chez certains un soutien pour les guérilleros. Cette politique d’assimilation entre guérilla et trafics de drogues semble donc à revoir.

De l’autre côté, les FARC-EP n’hésitent pas à tirer profit au maximum de leur système économique. Au cours des décennies, les guérilleros ont occupé progressivement de plus en plus de territoires qu’ils refusent aujourd’hui de rendre.
Entre ces conquêtes territoriales, les conflits, les champs de coca et l’insécurité extrême, les Colombiens n’ont pas cessé de fuir pendant un demi-siècle. En date de juin 2016, 6 360 000 de Colombiens sont déplacés internes, soit tout juste devant la Syrie.
La population de personnes déplacées internes en Colombie est la plus grande du monde.

En 1999, le Président Andrés Pastrana accepta de former une zone neutre afin de pouvoir initier des discussions de paix dans les meilleures conditions possibles.
Cependant, les FARC-EP n’hésitèrent pas à utiliser ce nouvel havre de sûreté pour cultiver des feuilles de coca, ouvrir des camps d’entrainement et développer leurs réseaux internationaux de trafics de drogues. Les revenus issus de ces trafics leur permirent de se procurer des bateaux (et même des sous-marins) pour atteindre les marchés étrangers, plus profitables.

Même en pleines négociations de paix, les FARC-EP poursuivent leurs activités illégales et les développent même. Ainsi, entre 2014 et 2015, les terres exploitées pour la feuille de coca augmentèrent de 16%. Plusieurs raisons expliquent cette évolution, notamment, des incitatifs financiers.
Ces activités font de la Colombie le principal fournisseur mondial de cocaïne. Sont second et troisième le Pérou et la Bolivie. Au plus fort de ses trafics de drogues, la Colombie a déjà produit parfois plus que ces deux autres pays combinés

mapa-coca
Carte de la densité de la culture du coca en Colombie en 2015. Notons la concentration aux frontières.

Cette question des trafics de drogues est donc cruciale dans le processus de paix. Les FARC-EP doivent pouvoir se passer de ces financements, en respectant également les paysans qui ont cultivé leurs terres sous la contrainte et toutes les personnes qui ont travaillé forcées dans ces trafics.

Plus de cinquante ans de conflits et de violences requiert un règlement adéquat et délicat.


3. Qui sont les FARC-EP aujourd’hui ?

Les chiffres estiment à environ 7000 le nombre de combattants et à 8500 le nombre de miliciens qui constituent actuellement les FARC-EP. Bien que le groupe souhaite devenir un parti politique, il ne faut pas oublier que la majorité de ses membres sont des soldats qui ont attaqué, séquestré, trafiqué.
Ils n’ont pas non plus hésité à recruter ou enlever des enfants et adolescents pour gonfler leurs rangs.
Au-devant du processus de paix, beaucoup pensent déposer les armes et redevenir paysans, agriculteurs ou reprendre leurs études.

Le témoignage d’Ingrid Betancourt, ex-captive, permet d’obtenir un certain regard sur ces personnes. Elle met notamment l’accent sur la déshumanisation opérée par les FARC-EP sur ses captifs. Ces derniers sont désignés par exemple par des numéros ou des insultes afin d’effacer leur identité.
La nourriture peut être distribuée non-égalitairement dans le but de créer des tensions. Un petit acte de résistance peut se voir puni par une chaîne au cou. Les violences extrêmes tant physiques que morales sont un quotidien.

Elle put remarquer au fil des années que plusieurs de ses séquestrateurs avaient autant subi qu’elle ce processus de déshumanisation. Elle cite l’anecdote d’un soldat qui lui avait exprimé son regret en recevant l’ordre de faire avorter sa compagne, également membre des FARC-EP.
L’intrusion du groupe dans la plus profonde intimité de ses soldats faisait d’eux, selon les termes d’Ingrid Betancourt, des captifs autant qu’elle.

Il n’est pas rare depuis un moment de voir des femmes dans les rangs des FARC-EP. Tout comme leurs homologues masculins, elles ont rejoint le groupe par convictions politiques, raisons personnelles ou bien ont été enlevées.

Leurs conditions de vie sont dures et peu semblent pouvoir prétendre à un poste important. Les armées régulières les redoutent tout autant voire plus que les FARC-EP masculins.
Elles seraient redoutables lors des interrogatoires, si bien que les militaires préfèrent être pris par des hommes en cas de capture.
Actives et volontaires, elles politisent aujourd’hui leur rôle en montrant par exemple l’importance de la femme dans la société et la paix. L’inclusion dans les processus de paix des femmes, pourtant tout autant concernées que les hommes par la guerre, reste rare à travers le monde.

Membre féminin des FARC-EP
Membre féminin des FARC-EP

 

4. Le processus de paix (2012-2016)

Historique abrégé
Au cours des plus de 50 ans de guerre, plusieurs négociations de paix se sont succédées qui échouèrent plus ou moins. Cependant, le processus actuel semble être bien plus avancé que les précédents, même si beaucoup reste à faire.
Nous allons nous concentrer sur ce processus, en gardant à l’esprit comment la population colombienne fatiguée par des décennies de violence compte « tirer un trait » sur ce passé.

Les négociations commencent en 2012 en Norvège et à Cuba, les deux nations marraines du projet. Les échanges ne se sont pas passés sans échecs, trahisons et violences.
Accusations d’espionnage, enlèvement d’un général des FARC, meurtres de 11 militaires par les guérilleros alors que le gouvernement a promis un mois d’arrêt des bombardements… Néanmoins, il y eut de grandes avancées progressives : année après année les deux parties discutent des principaux points de négociations, les FARC-EP promettent de ne plus recruter des mineurs, les deux parties s’engagent à respecter une trêve à durée indéfinie.

Après multiples accords, il est temps pour les Colombiens d’accepter ou de rejeter les paramètres de paix proposés dans l’Accord Final pour la Fin du Conflit et la Construction d’une Paix Stable et Durable.

Le 2 octobre dernier, la population vote à une très légère majorité pour le « non ». Le refus de cet accord n’est pas non plus synonyme de rejet de la paix.

Comment construire la paix
Plus de cinquante ans de guerre requiert de s’arrêter sur de nombreuses questions afin de créer un accord de paix qui satisfasse la population tout en s’assurant du respect des belligérants.
Ces derniers peuvent en effet jouer sur la menace pour faire pencher la balance en leur faveur. Toutefois, dans le cas de la Colombie, la population a l’opportunité de s’exprimer sur les accords et donc de donner démocratiquement son avis.

L’émission La Voz del Secuestro évoque un premier point important pour assurer le succès de la paix. En effet, la population attend toujours le retour de ses proches captifs. Beaucoup restent sans nouvelles d’un parent enlevé, parfois aussi récemment qu’au début d’année.
Les enlèvements à répétition sont toujours centraux dans l’enrichissement et le poids politique des FARC-EP. Les Colombiens regrettent qu’ils n’aient pas été plus actifs dans la libération de leurs captifs en marge du processus de paix.

En parallèle, Ingrid Betancourt souligne que la population doit évoluer pour avoir un projet de paix constructif. Auparavant, parler de paix et de réconciliation était synonyme de trahison et de collaboration et beaucoup de ces FARC-EP prirent les armes dans l’espoir d’améliorer leurs conditions de vie. Chaque personne séquestrée a eu sa propre expérience, mais le message appelle à l’acceptation du passé d’enlèvements et de violences.
Ce grief est central dans le processus de réconciliation.

Néanmoins, un crime reste un crime.
Comment jauger entre tous ceux qui ont été commis au cours de ces décennies de guerre tout en s’assurant de la bonne volonté des FARC-EP ?
L’Accord Final met tout d’abord l’accent sur la vérité. Il est primordial pour la population de savoir où sont leurs proches enlevés, ce qu’il leur est arrivé, ce qu’il s’est produit lors de tel ou tel affrontement.

Un Système de Vérité, Justice, Réparation et Non Répétition s’occupera de récupérer toutes les informations disponibles pour localiser les disparus. La Justice insiste également sur la responsabilité des criminels. Elle devra clarifier le rôle de chacun et les criminels reconnaître légalement leur responsabilité devant un juge. Sur le plan judiciaire, l’Accord Final assure la plus ample amnistie à tout rebelle faisant partie d’une organisation ayant signé un accord de paix, ainsi qu’aux personnes jugées pour des délits politiques.
Ainsi donc, tous les membres des FARC-EP sont virtuellement amnistiés.

Ne recevront pas cependant d’amnistie les personnes reconnues coupables de crimes contre l’humanité, de génocide, de crimes de guerre, de prise d’otages ou de captifs, de torture ainsi que d’autres crimes violents. L’Accord Final reconnait néanmoins que la liste exacte des crimes ainsi que leurs sanctions reste à préciser.

Dans l’Accord, toute personne reconnaissant sa responsabilité pour des crimes perçus comme mineurs devra participer à des programmes locaux de réparation et de développement. Un individu reconnaissant sa responsabilité pour des crimes plus graves recevra une peine de 5 à 8 ans de prison. Ceux n’acceptant pas de prendre leurs responsabilités, une peine de 15 à 20 ans d’emprisonnement.

Les Colombiens, les premiers affectés, prennent en main cette quête de la vérité. Les membres d’une communauté touchée en 1994 par un massacre – apparemment sans raison – ont exigé des réponses qu’ils finirent par recevoir, en plus d’un pardon officiel des FARC-EP.
Cette reconnaissance publique fut perçue comme un signe fort par cette communauté qui décida de renommer la rue du massacre « Calle de la Esperanza », rue de l’espoir.
A travers le pays, les Colombiens demandent ce même pardon officiel de la part des coupables, qu’ils soient des FARCEP, des paramilitaires ou de l’Etat. La priorité est d’établir la vérité et d’encourager les coupables à révéler très exactement leur rôle dans le conflit.

Que faire ensuite de tous ces champs de feuille de coca ?
Les paysans doivent pouvoir exploiter une agriculture au moins aussi lucrative. Le gouvernement met en place depuis quelques années déjà un programme d’agriculture alternative. Qui dit drogues dit aussi drogués.
C’est pourquoi l’Accord Final prévoit aussi la prise en charge des personnes concernées. Les FARC-EP qui comptaient jusqu’alors sur ces cultures pour se financer devront s’engager sur la voie des financements légaux une fois devenus un parti politique.
En tant que tel, l’Etat leur consacrera une aide financière.

Finalement, un demi-siècle de guerre aura facilité l’accès aux armes.
La reddition des armes est une condition essentielle du processus de paix, en plus de représenter un signe fort de cessation des hostilités. La Colombie a prévu une période de grâce pour permettre aux groupes armés rebelles de donner leurs armes.
Mais qu’en faire ensuite ? Plusieurs possibilités existent.
L’Accord Final prévoit leur envoi dans leur totalité aux Nations Unies qui en feront ensuite des monuments.

Préparer la paix est un travail de longue haleine. Même si les Colombiens avaient voté en faveur de cet Accord Final, cela ne signifiait pas pour autant la fin définitive d’un demi-siècle d’affrontements.
La paix doit être accompagnée et prise en charge afin d’assurer la meilleure transition possible vers une société où ce conflit se transformera en souvenir.


Pourquoi les Colombiens ont voté « non »

Comme les Colombiens le disent eux-mêmes, ce vote n’était pas contre la paix mais contre les paramètres de l’Accord Final.
Une intervenante de l’émission du 2 octobre 2016 de La Voz del Secuestro qui attend toujours le retour d’un proche a affirmé vouloir voter non car cet accord n’est pas assez strict quant à la libération des captifs.
Sur les sites internet, on peut voir des commentaires de colombiens exprimant effectivement leur rejet de l’Accord Final car négocié sans véritable consultation populaire. D’autres avancent des raisons purement logistiques : le texte de 297 pages a été publié fin aout, ne laissant qu’environ un mois pour lire et comprendre toutes les modalités de l’accord.

Face au doute, certains ont pu voter « non » et d’autres se sont abstenus. Un internaute avoue regretter que la population n’ait pas été plus consultée pour bâtir cet accord, aussi bien que plusieurs points ne lui convenaient pas. Avoir la possibilité de voter chaque grand point aurait été plus judicieux selon certains, afin de cibler les thèmes à réviser.

L’Accord Final est jugé trop laxiste.
Le système de peines à la baisse passe mal auprès d’une population qui a toujours connu la guerre. Les Colombiens veulent même que les autres parties, l’Etat et les paramilitaires, prennent également leurs responsabilités et reconnaissent leurs crimes.

La population commence à regarder vers l’avenir et à exiger des efforts dans d’autres secteurs tel que la démocratie, la santé, la criminalité. Le processus de réconciliation implique de s’attaquer aussi aux racines du conflit : l’injustice sociale, la pauvreté, le manque de démocratie.
Toutes les parties sans exception doivent s’engager auprès des citoyens.


Conclusion

Cinquante ans de guerre ont rendu la situation complexe et les accords de paix doivent refléter cette complexité. Le conflit est né dans les injustices sociales, économiques et démocratiques qui minent encore aujourd’hui le pays. Pour s’assurer une paix durable, ce sont ces inégalités qu’il est nécessaire d’effacer.

Toutes les parties doivent enfin prendre leurs responsabilités, reconnaitre leurs crimes et payer adéquatement pour eux.
Mais il semble que la participation active de la population pour construire ce projet de paix soit essentielle. L’expérience colombienne s’ajoute à la liste des processus de paix.
Les leçons tirées permettront d’améliorer le savoir-faire en matière de réconciliation pour toutes celles en cours et à venir.



SOURCES

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http://www.verdadabierta.com/la-historia/la-historia-de-las-farc/4460-asi-se-formo-el-bloque-oriental-de-las-farc

Betancourt, Ingrid. « Lo perdí todo al cruzar un puente »: lea el dramático relato de Íngrid Betancourt en foro sobre paz. El País. 2016.
http://www.elpais.com.co/elpais/colombia/noticias/duras-palabras-ingrid-betancourt-foro-sobre-paz

Colombia. Oficina del Alto Comisionado para la Paz. Texto Completo del Acuerdo Final para la Terminación del Conflicto y la Construcción de la Paz Estable y Duradera. 2016.
http://www.altocomisionadoparalapaz.gov.co/procesos-y-conversaciones/Paginas/Texto-completo-del-Acuerdo-Finalpara-la-Terminacion-del-conflicto.aspx

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http://www.c-r.org/downloads/14_Colombia.pdf

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http://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-37448038

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http://www.verdadabierta.com/masacres-seccion/6429-el-perdon-de-las-farc-en-la-chinita-un-punto-de-partida

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http://www.farc-ep.co/octava-conferencia/programa-agrario-de-los-guerrilleros-de-las-farc-ep.html

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La Voz del Secuestro.
http://alacarta.caracol.com.co/programa/las_voces_del_secuestro/?autoplay=false

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http://www.insightcrime.org/images/PDFs/2016/50_Yearsof_the_FARC.pdf

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Repase aquí la historia del proceso de paz entre Santos y las FARC. Caracol. 2015.
http://noticias.caracoltv.com/colombia/repase-aqui-la-historia-del-proceso-de-paz-entre-santos-y-las-farc

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https://www.unodc.org/documents/crop-monitoring/Colombia/Monitoreo_Cultivos_ilicitos_2015.pdf

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https://www.tni.org/en/briefing/revolutionary-armed-forces-colombia-farc-and-illicit-drug-trade

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https://www.theguardian.com/artanddesign/2016/sep/16/colombia-farc-female-fighters-in-pictures

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