Feuille de route pour la paix

0
807

Versions
FR: ART#22 (FR) – Feuille de route pour la paix
ENGART#22 (ENG) – Roadmap for peace

Article

La paix est-elle possible dans la guerre ? Existe-t-il un moyen de pacifier des populations alors qu’un combat fait rage ? Comment la société peut-elle se relever et écarter définitivement tout facteur de conflit ?
Ces questionnements reposent essentiellement sur les expériences présentes et passées de pacification. Néanmoins l’étude scientifique sur l’instauration d’une paix stable et durable paraît toute récente, en comparaison aux traités de paix du passé qui se résumaient souvent au partage de terres et de ressources.
La pacification reste encore une science mal connue, au contraire de la guerre, plus étoffée.


1. Les guerres d’aujourd’hui

La paix se construit en fonction de la guerre.
Les processus de paix doivent répondre aux revendications qui ont motivé des groupes à prendre les armes, et doivent adresser les problèmes à l’origine du conflit. Les guerres d’aujourd’hui sont différentes de celles d’il y a cent ans ou encore des guerres d’indépendance.
Le site Global Conflict Tracker établit la carte des conflits armés actuels. Celle-ci permet de regarder la nature des guerres. A noter que plusieurs de ces conflits ont plusieurs dynamiques, mais nous avons choisi ici de les classer selon leur nature principale.

Carte des conflits dans le monde (Global Conflict Tracker)
Carte des conflits dans le monde (Global Conflict Tracker)

Guerres territoriales
Conflit du Haut-Karabagh; Tensions en Mer de Chine; Guerre en Ukraine ; Conflit Israélo-Palestinien; Conflit Pakistan-Inde

Guerres idéologiques
Guerre contre les taliban; Conflit contre la Corée du Nord; Tensions sectaires au Liban; Militantisme terroriste au Pakistan; Militantisme terroriste en Egypte; Violences sectaires au Myanmar; Militantisme terroriste en Russie; Conflit avec les Uigurs en Chine; Guerre contre l’Etat Islamique; Conflit kurde

Guerres civiles
Guerre en Syrie; Guerre au Soudan du Sud; Guerre en Libye; Guerre au Yémen; Crise politique au Burundi; Guerre en Centrafrique; Lutte contre les cartels au Mexique

Guerres transnationales
Violences en RDC et pays voisins; Violences au Mali et au Sahel; Boko Haram; Al-Shabab

Nous avons actuellement 26 conflits majeurs dans le monde. On remarque que les guerres purement étatiques sont rares. La très grande majorité des guerres d’aujourd’hui implique des groupes armés plus ou moins officiels et violents qui s’affrontent directement parmi les civils. Les combats conventionnels entre des militaires de nation différentes se font exceptionnels. Les pays s’affrontent moins, tandis que les communautés deviennent les acteurs principaux de la guerre.
Ce changement de nature de la guerre influe également (plus ou moins selon les pays) sur les techniques utilisées et enseignées aujourd’hui au sein des unités d’armées officielles ou de guérilla.

La nature plus civile des conflits, ainsi que les nouvelles technologies, impliquent plus que jamais les populations. Grâce aux outils technologiques et de communication, il est possible pour pratiquement tout le monde de suivre un combat en temps réel, d’échanger avec un sympathisant à l’autre bout du monde, de partager une vidéo expliquant comment fabriquer une bombe. L’accès à la guerre s’est démocratisé.

Une population plus concernée par les combats implique également de nouvelles stratégies de guerre qui engagent directement les civils. Les FARC-EP utilisent ainsi les enlèvements pour gagner de l’argent et faire pression sur la société. Ils forcent des paysans à cultiver pour eux les feuilles de coca qui serviront pour leurs – fructueux – trafics de
drogues.
Beaucoup de groupes armés kidnappent ou recrutent leurs éléments dans la population. Les enfants soldats sont légions aujourd’hui ; on en estime 250 000 dans le monde dont 40% de filles. Les femmes tout comme les hommes prennent les armes, pour des motivations politiques, personnelles ou bien sous la contrainte. Et bien entendu, les atrocités sont quotidiennes.

Rares sont les conflits impliquant uniquement deux parties qui s’opposent. Souvent, plusieurs groupes, parfois des centaines, combattent dans ces guerres qui débordent régulièrement des frontières politiques officielles. Ces groupes se distinguent selon leurs motivations religieuses, politiques, économiques, sociales, territoriales ou encore culturelles. Des scissions peuvent diviser un groupe en plusieurs sous-branches. Retrouvez ici la liste des groupes armés impliqués dans la guerre civile syrienne afin de bien se rendre compte de la complexité que peut prendre un conflit.

Nous concluons cette courte analyse des conflits modernes par la réflexion de Frank G. Hoffman du Potomac Institute for Policy Studies qui qualifie les guerres d’aujourd’hui comme « hybrides ».
Parce que leur organisation est à la fois hiérarchisée et dispersée à travers le globe. Parce que les groupes combattants d’aujourd’hui ont accès à des armes simples (mais efficaces) comme la classique AK-47 et à des armes sophistiquées non-conventionnelles (chimiques, bactériologiques) voire de l’armement plus lourd, type missiles.

Les acteurs peuvent autant être étatiques que rebelles. La guerre peut se mener localement et tout aussi bien à l’autre bout du monde. Les moyens de pression et d’attaque sont plus nombreux que jamais. Les guerres du 21ème siècle sont donc complexes, avec de nombreux acteurs aux motivations différentes.


2. Communiquer

Le cas qui nous intéresse particulièrement est celui de la Colombie. Le processus de paix est perçu par la communauté internationale comme un véritable succès en dépit de quelques péripéties. Le Président Colombien a d’ailleurs reçu le Prix Nobel de la Paix pour son travail dans le processus de paix.

L’un des plus importants facteurs de réussite de ce processus est la communication. Plusieurs éléments conjoncturels ont rendu celle-ci possible.
Les FARC-EP, pourtant puissants, se sont rendu compte qu’atteindre leurs objectifs à l’état actuel serait impossible. La mort du fondateur Marulanda fut également un événement symbolique fort pour entamer une nouvelle ère dans l’histoire des FARC-EP. En même temps, la population, qui d’ordinaire considère les négociations comme un crime de haute trahison envers la partie, donna son soutien au gouvernement pour entamer des discussions.

 

Des personnes expriment leur inquiétude pour un autre groupe de guérilleros en Colombie, le ELN, qui utilise aussi le kidnapping.
Des personnes expriment leur inquiétude pour un autre groupe de guérilleros en Colombie, le ELN, qui utilise aussi le kidnapping.

 

Les circonstances étaient donc favorables à des rencontres. Cependant, au lieu de se contenter d’un sommet quelque part dans le monde avec 2 ou 3 réunions intensives, les parties se lancèrent dans un véritable projet à temps plein avec un agenda relativement chargé. Les cycles de sessions de négociations duraient 11 jours intenses, entrecoupés de période de consultation et de réflexion. Les groupes consacrèrent ainsi entre 6 à 15 mois pour chacun des cinq points majeurs de discussion.

Tous ces échanges permirent de créer une dynamique bien plus propice au succès de la paix en considérant ces accords non pas comme des accords de fin de guerre mais plutôt de transition. Les objectifs se révélèrent ainsi plus concrets et réalisables que lors des négociations passées.

Faire appel à un médiateur peut être une option pour rapprocher les différentes parties. L’attention de la communauté internationale est également bénéfique : la population sent que sa situation est prise en compte et des pays peuvent aider certains des groupes les plus vulnérables à se faire entendre. Néanmoins, il est important que le processus de paix reste un projet local avec le minimum d’intervention étrangère.


3. Représenter

Assurer la représentation de toutes les parties est essentiel pour un processus de paix réussi. Encore aujourd’hui, les négociations ont tendance à n’impliquer que les acteurs principaux des conflits.

Des dizaines de groupes combattent dans le conflit syrien. Oui, ils devront tous participer à la pacification. Bien d’autres même devront avoir la possibilité de s’exprimer. Ces groupes, souvent oubliés, commencent tout juste à apparaître dans les réunions de discussions : femmes civiles, femmes militaires, femmes rebelles, enfants-soldats, victimes, blessés, personnes âgées, les populations locales ou indigènes, les représentants de toutes les communautés…

Le manque d’implication de la population civile dans la construction de l’Accord Final de paix en Colombie est l’une des raisons expliquant pourquoi le « non » est passé.
Comme nous l’avions mentionné dans notre article sur les FARC et les accords de paix, beaucoup de Colombiens ont trouvé l’Accord trop laxiste envers les FARC-EP.

 

Signatures sur l'Accord Général pour la Fin du Conflit et la Construction d'une Paix Durable et Stable en 2012. Chaque page est en plus paraphée. 1/2
Signatures sur l’Accord Général pour la Fin du Conflit et la Construction d’une Paix Durable et Stable en 2012. Chaque page est en plus paraphée. 1/2
Signatures sur l'Accord Général pour la Fin du Conflit et la Construction d'une Paix Durable et Stable en 2012. Chaque page est en plus paraphée. 2/2
Signatures sur l’Accord Général pour la Fin du Conflit et la Construction d’une Paix Durable et Stable en 2012. Chaque page est en plus paraphée. 2/2

 

Il faut tout de même reconnaitre que des moyens ont été mis en place en Colombie pour permettre à plusieurs groupes de s’exprimer et de participer au processus.
Une plateforme, Mesa de conversación (Table de négociation), a été créée pour rendre compte du maximum d’éléments possibles sur les progrès du processus de réconciliation.
Le site a permis pendant un moment à quiconque le souhaitait d’envoyer des propositions sur la construction de la paix. La page https://www.mesadeconversaciones.com.co/estado-propuestas montre que près de 10946 messages ont été envoyés et qui ont notamment servi à négocier sur les réformes agraires, les régions concernées par les cultures de coca ou encore sur les victimes.

Plusieurs forums et tables de négociations ont également eu lieu à travers le pays, durant plusieurs jours et sur diverses thématiques.
Ces événements ont permis de recueillir des milliers de propositions, de témoignages et d’opinions. Les guides sur les possibilités de participations citoyennes, ainsi que plusieurs communiqués et dossiers émis pendant les négociations ont été imprimés et distribués partout en Colombie pour informer la population.

Une partie des textes publiés sur le site Mesa de conversación sont disponibles en espagnol, anglais, français et en une voire deux ou trois langues autochtones (sikuani, wayuu, embera). Ces populations ont été tout autant concernées par la guerre, leur inclusion dans le processus de paix est donc normal.

L’expérience philippine est un second excellent exemple d’intégration. Le massacre en 1968 de militaires musulmans provoqua un conflit civil sanglant où les différents groupes – musulmans, chrétiens, étatiques, indigènes… – s’opposèrent violemment.
Le processus de paix commença en 1997 et dura pas moins de 17 ans. En 2014, un accord important fut signé. Pour la première fois depuis 10 ans, le monde voyait un accord de paix majeur se concrétiser.
Toutes ces années de négociations ont permises d’expérimenter sur le long terme plusieurs méthodes de pacification. Ce processus est notamment salué par la communauté internationale par l’implication des femmes (anciennes combattantes, victimes, humanitaires…) qui n’avaient jusque-là jamais été vraiment incluses dans aucune négociation de paix de par le monde.

La leçon est claire : toutes les parties même les plus ennemies doivent participer activement au processus de paix. Chacun doit pouvoir exprimer ses griefs que le processus doit prendre en compte. L’exclusion d’un ou plusieurs groupes garantit l’échec du processus de paix et menace la reprise des hostilités.


4. Désarmer, démobiliser, réintégrer (DDR)

Pendant et après un conflit, les armes sont visibles partout et tout le monde en possède une. Initier un programme de désarmement des forces armées non officielles est nécessaire pour rapatrier au niveau de la police et de l’armée l’emploi de la coercition.
La disparition progressive des armes normalise également le quotidien et rassure les populations. L’ONU et d’autres organisations internationales proposent ainsi des guides pour aider un pays en mettre en place un tel programme. Les indications permettent de trouver les bons emplacements pour la reddition des armes et d’établir une stratégie de communication et d’incitation pour convaincre le plus de personnes possibles de donner leurs armes.

De l’argent ou des ressources peuvent être promis en échange de celles-ci par exemple. Les guides expliquent également comment répertorier et stocker toutes les armes pour éviter leur vol, puis comment les détruire définitivement.
Dans le cas colombien, l’ONU gère la récupération des armes qui seront par la suite transformées pour construire des monuments. Une période de grâce est souvent employée pour permettre aux anciens combattants de circuler avec leurs armes jusqu’aux points de reddition.

Une révision de la législation sur les armes ainsi que sur la sécurité du pays est souvent nécessaire. Ceci s’accompagne d’une Réforme du Secteur de la Sécurité (RSS).
Celle-ci consiste à s’assurer que la sécurité de la population est garantie. Pour ce faire, les personnels, les lois, les infrastructures ou encore les institutions liées à la sécurité doivent impérativement être à la hauteur.
Il faut donc adapter les textes de lois, reconstruire les institutions, bâtir les infrastructures de sécurité comme des prisons ou encore former le personnel.
Ce processus long mais essentiel permet à l’Etat d’avoir la capacité d’assurer la sécurité de ses citoyens, tandis que ces derniers peuvent avoir confiance en la gestion de leur sécurité par l’Etat.

Les anciennes forces armées doivent aussi se démobiliser. Leurs membres, après avoir déposé les armes, doivent dissoudre le groupe et retourner à la vie civile. Bien entendu, cette transition ne se fait pas facilement…
Les profils sont également très différents : hommes, femmes, enfants soldats, personnes âgées ou handicapées… Le rôle que ces individus ont eu joue sur le programme de réintégration : combattants, porteurs, messagers, esclaves, gestionnaires…
Le processus de démobilisation/réinsertion est souvent long, car il faut accueillir toutes ces personnes et leurs familles dans des centres adaptés où elles recevront d’abord une aide de première nécessité, avant d’entamer un programme plus concret de réinsertion (formation, éducation, emploi, logement…).
La Colombie n’échappe pas à cette étape délicate. Les FARC-EP, tout comme d’autres groupes, comptent plusieurs mineurs dans leurs rangs, jusqu’à peut-être 30% des effectifs totaux. Les filles ne composeraient pas moins du tiers des effectifs. Toutes et tous participent aux combats où il n’est pas rare de croiser des enfants d’à peine 16 ans. Certains
reçoivent un entrainement pour placer des mines antipersonnel, d’autres s’occupent de la logistique des camps.

L’intérêt pour le recrutement de mineurs s’appuie sur plusieurs raisons bénéfiques aux groupes armés : la plupart sont manipulables et peuvent être mis en première ligne ; un enfant paraît plus discret et inoffensif qu’un adulte.
Dans le cas colombien, les FARC-EP expliquent même s’être vus contraints d’obtenir de jeunes recrues car celles-ci étaient lettrées, contrairement aux combattants vieillissants. Certains enfants rejoignent le groupe par conviction, beaucoup sont enlevés, d’autres achetés.
Tous ces enfants devront donc être réintégrés dans la société, ramenés auprès de leurs familles tout en voyant leurs crimes commis étudiés, afin de déterminer la gravité de leurs actions et leur degré de culpabilité.


5. Réconcilier

Entamer un processus de réconciliation, plutôt que de paix, permet de souligner l’importance d’exprimer les griefs de chaque partie afin de trouver un terrain d’entente. Cette démarche ne se limite donc pas à la signature de la paix et se concentre sur les causes de la guerre et les facteurs qui favoriseraient la durabilité de la paix.
Les victimes, néanmoins, peuvent ne pas pardonner à leurs bourreaux tandis que les coupables peuvent jouer sur la menace pour se garantir une certaine immunité. Un équilibre doit être trouvé pour que les victimes soient satisfaites et que les coupables prennent leur responsabilités.

Ce point semble être l’une des raisons de la victoire du « non » lors du référendum du 2 octobre 2016 sur l’Accord Final de Paix en Colombie.
Nous avons vu dans un précédent article que les Colombiens jugeaient le texte trop laxiste. Les personnes coupables de crimes mineurs se voyaient dans cette version de l’accord simplement amnistiées. Celles qui reconnaissaient leur responsabilité et aidait à établir la vérité sur les circonstances de leurs crimes de plus importante gravité se voyaient recevoir une peine de 5 à 8 ans de prison, tandis que celles reconnues coupables mais qui n’avouaient par leur responsabilité recevraient une peine de 15 à 20 ans de prison.

Ce système met l’accent sur la vérité.
La priorité de l’Etat fut de surtout comprendre ce qu’il s’est produit lors des attaques insensées dans des villages et ce qu’il est advenu des personnes enlevées, quitte à renoncer à faire adéquatement payer les coupables en échange de ces précieuses informations.
Cependant, la population regrette que les FARC-EP justement n’aient pas fait preuve, en marge du processus de réconciliation, de meilleure volonté et qu’ils aient préféré attendre les résultats du référendum pour agir.
Ce travail de mémoire est vital pour que la vérité sur le conflit soit accessible à tous. Ceci est un élément essentiel pour la réconciliation. Le processus peut être long et prendre toutes les formes.
Ainsi, dans le cadre du rapprochement franco-allemand, les manuels d’histoires des deux pays, notamment pour les années traitant de la Seconde Guerre Mondiale, ont un contenu commun depuis 2006.

Une chaîne de télévision bien connue des Français, ARTE (Association Relative à la Télévision Européenne) est créée sur papier en 1990. Son but : diffuser des programmes culturels pour rapprocher les pays européens. Que cette coopération ait débuté avec la France et l’Allemagne n’est pas anodin.

La réconciliation repose néanmoins principalement sur le sentiment de justice. Les FARC-EP se sont par exemple engagés à ne plus recruter des mineurs de moins de 17 ans. Cette promesse appréciée par le gouvernement passe mal auprès de certains Colombiens qui y voient un moyen de légitimer le combat armé.
Celui-ci devient en effet apparemment permis tant que les recrues ont plus de 17 ans. Les FARC-EP ont réussi à obtenir d’autres gains dans l’accord de paix rejeté au référendum du 2 octobre 2016. Ils auraient eu déjà 5 sièges au Sénat et autant au Congrès de garantis après les élections de 2018. Il peut donc apparaître compréhensible pourquoi les Colombiens ont voté contre cet accord final qui récompense, selon les mots d’internautes, des terroristes et des assassins.

 

Des jeunes recrues des FARC-EP. Photo: Juan Carlos Escobar
Des jeunes recrues des FARC-EP. Photo: Juan Carlos Escobar

 

Les marques de réconciliations peuvent prendre bien des formes et les opportunités ne manquent pas. La question des enlèvements est épineuse en Colombie. Les FARC-EP utilisèrent cette méthode tous les jours pendant des années pour fatiguer la population, s’enrichir et imposer son opinion dans les quelques discussions de paix.
C’et pour cette raison que la population demande plus de la part des FARC-EP sur ce point alors que les hostilités ont cessé.

L’Etat a également une grande responsabilité. Il n’est pas rare qu’il doive se réformer profondément pour se reconstruire et aussi satisfaire les griefs de certaines parties. Il peut avoir commis des crimes graves et le jugement des responsables est essentiel.
L’Etat peut possiblement avoir des stocks d’armes non conventionnelles qu’il doit s’engager à détruire sous supervision de la communauté internationale. Lui revient le rôle de prendre en charge sa population, les victimes, la réinsertion des anciens combattants, le retour à l’école des enfants-soldats.
Les conséquences de la guerre ne s’arrêtent pas avec la signature de la paix et perdurent bien longtemps.

Chaque conflit possède ainsi certains crimes qui ont profondément marqué la société. Le processus de réconciliation doit impérativement adresser ces questions tout en accordant un rôle important à la population.
Ainsi, les dispositions qui seront prises refléteront les attentes de toutes les parties. D’autres tactiques existent aussi pour stimuler le processus de réconciliation.
Organiser des projets communs permet de normaliser les relations et de diffuser un message fort. Le gouvernement colombien et les FARC-EP procédèrent ainsi à des opérations conjointes de déminage, bien accueillies de la population.


6. Quand se termine la guerre

L’euphorie de la paix ne doit pas cacher que la guerre continuera de se manifester pendant longtemps. Des groupes peuvent toujours prendre les armes (ou ne jamais les déposer), comme les taliban qui sèment toujours la terreur dans de nombreuses provinces en Afghanistan.

Les héritages de la guerre peuvent continuer à paralyser un pays des années après le cessez-le-feu. Les mines antipersonnel sont d’excellentes armes qui restent dangereuses pendant des décennies. La Colombie en est jonchée, et se situe 2ème sur la liste du nombre de victimes par mines.

La France, qui n’a pas connu la guerre depuis 70 ans, reste un terrain dangereux dans plusieurs régions. Le long de la frontière franco-allemande, les opérations de déminages se poursuivent pour retrouver les obus enfouis pour beaucoup il y a 100 ans. Les équipes sur place ramassent par an plus de 20 tonnes de projectiles enterrés dans ces zones où 1 milliards et demi de munitions ont été tirées rien que pendant la Der des Ders.
Leur mission peut paraître désuète mais elle est cruciale : ces munitions restent mortelles pendant des années. La communauté se rappelle la mort de plusieurs enfants en 1981.
Combien de temps selon certains experts pour faire disparaître définitivement ces munitions centenaires ? 700 ans.

La paix n’efface en rien le passé. Les tensions sociales peuvent continuer ou bien s’atténuer, les armes et munitions continuer à blesser ou tuer pendant longtemps.
Les conséquences de la guerre ne s’arrêteront pas avec la signature d’un traité de paix ni un processus de réconciliation. Les efforts nécessaires pour réparer les stigmates des conflits passés représentent cependant des opportunités concrètes et bénéfiques, pour que les groupes qui autrefois s’opposaient normalisent leurs relations.


Conclusion

La rationalisation du processus de pacification, de réconciliation, est toute récente. La gestion bureaucratique et scientifique de ces processus demeure un domaine nouveau où il reste beaucoup à expérimenter, beaucoup de leçons à tirer.
Quelques cas comme celui des Philippines et de la Colombie permettent de cibler plusieurs éléments essentiels au succès d’un processus de réconciliation. La communication et l’accès à la parole par toutes les parties en sont deux piliers fondamentaux.

Comment serait-il possible d’appliquer ces principes dans le cas du conflit en Syrie ? D’autres éléments seraient-ils importants pour garantir une paix durable ?


SOURCES

AFP. En Alsace, les obus de la Grande Guerre se ramassent à la pelle. La Dépêche. 2014.
http://www.ladepeche.fr/article/2014/05/01/1873352-alsace-obus-grande-guerre-ramassent-pelle.html

ARTE. Les Dates Clés. 2016.
http://www.arte.tv/sites/corporate/category/les-dates-cles/

Betancourt, Ingrid. « Lo perdí todo al cruzar un puente »: lea el dramático relato de Íngrid Betancourt en foro sobre paz. El País. 2016.
http://www.elpais.com.co/elpais/colombia/noticias/duras-palabras-ingrid-betancourt-foro-sobre-paz

Center for Preventive Action. Global Conflict Tracker. 2016.
http://www.cfr.org/global/global-conflict-tracker/p32137#!/

Colombia. Oficina del Alto Comisionado para la Paz. Texto Completo del Acuerdo Final para la Terminación del Conflicto y la Construcción de la Paz Estable y Duradera. 2016.
http://www.altocomisionadoparalapaz.gov.co/procesos-y-conversaciones/Paginas/Texto-completo-del-Acuerdo-Final-para-la-Terminacion-del-conflicto.aspx

Conciliation Resources. Alternatives to War: Colombia’s Peace Process. 2004.
http://www.c-r.org/downloads/Part1_ColombiaAccord.pdf

Conciliation Resources. Women’s Voices in the Bangsamoro, Experiences and Expectations in Conflict and Peace. 2016.
http://www.c-r.org/downloads/Womens%20voices%20Bangsamoro%20WEB.pdf

France. Ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. La Coopération Franco-Allemande. 2016.
http://www.education.gouv.fr/cid4105/la-cooperation-franco-allemande.html

Hernández-Mora, Salud. Las FARC tendrá asegurados cinco escaños en Senado y Congreso. El Mundo. 2016.
http://www.elmundo.es/internacional/2016/08/25/57beddfa22601db35d8b4659.html

Hoffman, Frank G. Conflict in the 21st Century: the Rise of Hybrid Wars. Potomac institute for Policy Studies. 2007.
http://www.potomacinstitute.org/images/stories/publications/potomac_hybridwar_0108.pdf

La realidad oculta de los niños reclutados. El Espectador. 2015.
http://www.elespectador.com/noticias/politica/realidad-oculta-de-los-ninos-reclutados-articulo-544063#ancla_opiniones

Los niños van a la guerra. El Espectador. 2011.
http://www.elespectador.com/noticias/temadeldia/los-ninos-van-guerra-articulo-296351#ancla_opiniones

Marcos, Ana. El presidente de Colombia Juan Manuel Santos gana el premio Nobel de la Paz 2016. El País. 2016.
http://internacional.elpais.com/internacional/2016/10/07/actualidad/1475828983_681895.html

Mesa de Conversación. Acuerdo General para la terminación del conflicto y la construcción de una paz estable y duradera. Proceso de La Habana.  2012.
https://www.mesadeconversaciones.com.co/sites/default/files/AcuerdoGeneralTerminacionConflicto.pdf

Mesa de Conversación. Estado de Propuestas. 2016.
https://www.mesadeconversaciones.com.co/estado-propuestas

Mesa de Conversación. Informe Conjunto, Mecanismos de comunicación y difusión de la Mesa de Conversaciones. 2013.
https://www.mesadeconversaciones.com.co/comunicados/informe-conjunto-mecanismos-de-comunicaci%C3%B3n-y-difusi%C3%B3n-de-la-mesa-de-conversaciones

NOREF. Innovations in the Colombian Peace Process. 2016.
http://www.c-r.org/downloads/NOREF_CR_Report_Colombia%20Innovations_final.pdf

NOREF. The peace process in Mindanao, the Philippines: evolution and lessons learned. 2015.
http://www.c-r.org/downloads/a6c4f7339db9c90cd15a63c85405404e.pdf

Quaerius. Les FARC-EP, de l’hyperpuissance de 1993 aux accords de paix de 2016. 2016.
http://www.quaeriusanalytics.com/analyse-geopolitique/guerre/farc-ep-puissance-1993-accords-paix-2016/

Turitto, James. Understanding Warfare in the 21st Century. International Affairs Review. 2010.
http://www.iar-gwu.org/node/145

United Nations Development Programme. Regional Micro-Disarmament Standards/Guidelines (RMDS/G) : Management of SAWL Programmes. South Eastern and Eastern Europe Clearinghouse for the Control of Small Arms and Light Weapons. 2006.
http://www.poa-iss.org/KIT/SALW%20Management.pdf

United Nations. Security Sector Reform. United Nations Peacekeeping. 2016.
http://www.un.org/en/peacekeeping/issues/security.shtml

United Nations. UNMAS. UNMAS in Colombia. 2016
http://www.mineaction.org/programmes/colombia

United Nations. What is DDR? United Nations Disarmament, Demobilization and Reintegration Resource Centre. 2016.
http://www.unddr.org/what-is-ddr/introduction_1.aspx

War Child. Child Soldiers. 2014.
http://www.warchild.org.uk/issues/child-soldiers

World in War. List of Armed Groups in the Syrian Civil War. 2016.
http://www.worldinwar.eu/list-of-armed-groups-in-the-syrian-civil-war/

LAISSER UN COMMENTAIRE